Eric Bothier
AXELYO-Directeur Associé Cofondateur

Comment la France compte devenir un champion industriel de l'hydrogène

La France a dévoilé le 8 septembre 2020 sa stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné doté de 7 milliards d’euros sur dix ans. 3,4 milliards d’euros seront engagés d’ici à 2023 pour faire de la France un leader mondial dans la fabrication d’électrolyseurs destinés à la production d’hydrogène pour réduire les émissions de CO2 de l’industrie et de la mobilité lourde.

 

Les partisans de la voiture à hydrogène bleu, comme Air Liquide, vont être déçus. Certes, la France se dote enfin d’un plan hydrogène historique à dix ans doté de 7 milliards d’euros, dont 2 milliards dans le cadre du plan relance. Et "c’est beaucoup, beaucoup d’argent, l’argent des Français", a rappelé Bruno Le Maire aux acteurs de la filière présents le 8 septembre à Paris. Pour lui, cette stratégie est un "pari" et un "choix difficile" pour le gouvernement, qui "engage les industriels de la filière". Il n'est pas question dans cette stratégie de production d’hydrogène bleu, par vaporeformage d’énergie fossile et captage de CO2, comme le maîtrise Air Liquide.

La France veut installer d’ici à 2030 6,5 gigawatts de capacité de production d’hydrogène décarboné, à partir d’électricité renouvelable ou du réseau, donc largement nucléaire.

Une filière de production des équipements

Pas question non plus de produire cet hydrogène décarboné avec des équipements fabriqués en Chine, comme on a pu le vivre dans l’énergie photovoltaïque. La France veut des électrolyseurs, ces équipements qui séparent les molécules d’eau en dihydrogène et oxygène, fabriqués en France. Un des axes principaux du plan hydrogène français vise à créer une filière industrielle de production des équipements hydrogène. Sur les 7 milliards annoncés, 1,5 milliard d’euros financeront des projets industriels.

Et la France veut construire des méga usines, de l’ordre de gigawatts de capacités de production, sur le modèle de la gigafactory de batteries annoncée par Total-Saft et PSA en France et en Allemagne, en profitant du mécanisme IPCEI européen, qui repousse pour les États certaines règles au financement d’entreprise dans des domaines technologiques spécifiques, comme les nanotechnologies ou les batteries, et depuis peu l’hydrogène.

Cet hydrogène bas carbone aura pour finalité première, en France, de réduire les émissions de CO2 des industries les plus polluantes, comme les raffineries, la sidérurgie et la chimie, mais aussi les transports lourds, comme le train, le transport routier et d’ici à 2035, l’avion. L’option de miser sur la voiture à hydrogène, pour ouvrir un marché pour les producteurs de piles à combustible, réservoir, et station de recharge, n’est pas celle retenue par la France. Du moins tant qu’elle n’est pas sûre de pouvoir fournir les constructeurs automobiles et de stations de charge d’équipements made in France. Mais l’option reste ouverte pour la seconde partie du plan.

Pour garder en agilité, la France a choisi de ne budgéter sa stratégie que sur trois ans. Sur les 7 milliards annoncés, 3,4 milliards seront engagés sur cette période. 54 %, soit, 1,8 milliard d’euros seront fléchés vers la décarbonation de l’industrie, y compris la construction d’usine d’électrolyseurs. 27 %, soit environ 900 millions d’euros iront au développement de la mobilité hydrogène (camion, train en priorité). Les 19 % restant, soit 650 millions d’euros, iront au soutien à la recherche, à l'innovation et au développement de compétences.

Deux appels à projets de l’Ademe, pour trouver les projets industriels à financer en priorité seront lancés rapidement. L’un, consacré aux briques technologiques et démonstrateurs, est doté de 350 millions d’euros jusqu’en 2023. L’autre, de 275 millions d’euros, sera ouvert aux projets de hub territoriaux d’hydrogène.

Des mécanismes de complément de prix pour soutenir la production d’hydrogène vert sont également prévus. À l’étude, il pourrait coûter 325 millions d’euros par an. Cette stratégie pourrait être financée à 40 % par des fonds européens. Une coopération, avec l’Allemagne, dont les contours restent à définir, est également prévue.

 


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